La foire des vins français à la SAQ

La dernière publicité télévisuelle de la Société des alcools du Québec (SAQ) est un bijou d’humour… à condition de la regarder sans susceptibilité! Elle met en scène un Français agité et assez caricatural, qui lance ses phrases sur un débit rapide et pratiquement sans reprendre son souffle, sous les yeux d’un employé de la SAQ. Ce dernier, Québécois pure laine, est complètement abasourdi par le discours du client; discours auquel il ne comprend pas grand-chose si ce n’est qu’il doit proposer un vin français à son vis-à-vis. Les pensées de l’employé s’expriment grâce à des bulles qui illustrent parfaitement son incompréhension.

En tant qu’immigrée d’assez longue date, j’ai la chance d’être « bilingue franco-québécois ». Dans le cas de cette publicité, cela me permet de comprendre aussi bien le texte du client français que le non-verbal de l’employé québécois. Pourtant, en discutant avec des collègues de cette publicité, développée par l’agence Sid Lee, j’ai découvert que le discours du Français reste assez hermétique, car trop rapide et surtout truffé d’expressions typiquement hexagonales. Par exemple, l’homme annonce qu’il doit se dépêcher puisqu’il lui faut prendre ses « lardons chez la baby-sitter ». Il faut une bonne dose d’immersion française pour savoir qu’il parle de ses enfants et non de petits bouts d’une sorte de bacon!

De fait, cette publicité s’appuie sur les préjugés culturels et linguistiques qui continuent d’être véhiculés de part et d’autre de l’Atlantique. Le Français est une « grande-gueule  » dont le discours est parsemé de mots anglais et de formules plus ou moins argotiques; le Québécois reste correct et avenant, mais n’en pense pas moins. C’est quand même audacieux de la part de la SAQ de baser sa campagne de publicité pour la sixième édition de sa « foire aux vins français » sur le vieux débat de la pureté de la langue. Tous les clichés se retrouvent dans les quelques secondes que dure cette publicité!

Le risque de froisser d’éventuels clients n’est cependant pas bien grand pour la SAQ, puisque les Québécois, qui consomment annuellement à peine 22 litres de vin en moyenne par personne (contre 64 litres pour les Français!), continuent de plébisciter les vins français. L’impact de cette publicité est moins une question de consommation d’alcool que de comportement linguistique. Est-ce vraiment original de mettre une fois de plus le doigt sur la prétendue négligence des Français face à leur langue? Comment comprendre le lien entre le fonctionnement linguistique et la consommation spécifique de vins français distribués par la SAQ? Je ne sais pas répondre à ces questions, car ma condition de Française au Québec teinte mon jugement, même sur le plan communicationnel. Surtout sur ce plan, peut-être!

Les données sont extraites du rapport annuel de la SAQ.

Pour ou contre le détachement de la langue québécoise

Ce midi, Isabelle Maréchal discutait avec le chanteur Biz de Loco Locass sur les ondes du 98,5fm. Le sujet du jour allait dans le sens de ce qui occupe les manchettes par les temps qui courent, soit le CH de Montréal et dans le cas présent, la place de la chanson «Le But» au Centre Bell lorsque le tricolore déjoue l’adversaire. En ce moment, cet honneur revient à une chanson en anglais du groupe U2.

Outre le sujet de l’heure, il a été question de la langue québécoise. Est-ce que le dictionnaire français Le Petit Robert devrait toujours faire partie de nos habitudes québécoises? Lorsqu’on sait que la langue française de France et celle du Québec sont différentes sur plusieurs points, n’y a-t-il pas lieu de s’interroger sur la possibilité d’avoir un dictionnaire français québécois (Elvis Gratton a déjà bien soulevé le problème!), autre que le dictionnaire du joual au Québec?

La question se pose puisque maintenant, plus de la moitié de la soixantaine de mots admis chaque année dans le dictionnaire français proviennent de la langue anglaise. Ici, on se stationne pour aller magasiner et non aller au parking pour faire du shopping! Il s’agit de l’exemple typique, mais au Québec on envoie un courriel, et non un mail (mot nouveau du Petit Robert). De plus, quand je fais la correction de texte dans mon fichier Word, Microsoft l’a compris en m’offrant le choix de vérifier l’orthographe des mots selon que je suis French ou French Canadian.

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