Laisser sa marque

Dans la première semaine suivant la formation du nouveau Conseil des ministres, nous avons pu constater un empressement fort inhabituel du gouvernement péquiste dans sa prise de décisions. Parmi les mesures annoncées, trois d’entre-elles se sont retournées contre le gouvernement et l’ont forcé à manœuvrer afin de se sortir du pétrin.

Il y a tout d’abord eu l’annonce de la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-II, où le gouvernement a dû subir un feu nourri des opposants pendant plusieurs jours à défaut d’avoir pu préparer le terrain et d’avoir des éléments concrets pour justifier sa fermeture. Quelques jours plus tard, le gouvernement a voulu financer l’abolition de la taxe-santé en haussant rétroactivement l’impôt des plus riches et la taxe sur les gains en capital. Pour ces deux cas, la grogne populaire et l’aspect injuste de la rétroactivité des mesures ont forcé le gouvernement à revoir leurs applications, ce qui a mené à l’abandon de la promesse phare du PQ de supprimer la taxe-santé.

Il est rare de voir au Québec la machine politique fonctionner si rapidement, surtout au lendemain d’un changement de gouvernement, alors que l’appareil gouvernemental est complètement déstabilisé. Avec du recul, un questionnement commun émerge de ces situations : qu’est-ce qui a fait en sorte que le gouvernement agisse si rapidement avec une préparation de toute évidence inadéquate? La réponse se trouve probablement au niveau de la stratégie de communication du gouvernement et de son statut parlementaire.

Le mandat minoritaire que s’est fait donner le PQ par les Québécois fait en sorte qu’à très court terme, le parti peut se retrouver à nouveau en élection, ce qui veut dire qu’il devra faire face à son bilan, peu importe son ampleur. Puisque le Parti québécois vient tout juste de reprendre le pouvoir après près de 10 ans dans l’opposition, cela augmente le degré de difficulté considérablement. Son bilan pourrait être très mince. Il s’agit donc d’une course contre la montre pour faire sa marque.

De plus, puisque le gouvernement peut tomber à tout moment, cela fait en sorte que tous les partis politiques se trouvent à être en perpétuelle campagne électorale. Ils doivent donc tous continuer de charmer l’électorat. Pour le PQ, cela veut dire de faire la démonstration qu’il est efficace et digne de confiance pour gouverner.

À partir de là, il semble que la précipitation avec laquelle le PQ s’est lancé dans l’annonce de certaines mesures est liée à cette volonté de se montrer efficace rapidement, particulièrement au niveau de ses promesses électorales. Cependant, avec du recul on peut voir que ce n’est probablement pas l’effet obtenu.

Ceci est dommage, car un peu plus de retenue aurait pu faire en sorte que la stratégie du PQ aurait fonctionné ou du moins, aurait pu limiter les dégâts. Dans le cas de la centrale Gentilly-II, il n’aurait fallu que deux semaines de plus pour appuyer sa décision sur une recommandation chiffrée d’Hydro-Québec. Dans le cas des deux mesures fiscales, une réflexion un peu plus poussée avec la fonction publique aurait pu permettre au ministre des Finances de s’apercevoir des difficultés d’application de certains éléments de sa politique et de retarder le dévoilement de ses intentions.

Évidemment, on ne peut pas dire que tout ce brouhaha aurait pu être empêché avec un peu plus de patience, mais il m’apparaît évident que les dégâts auraient pu être limités.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :