Costa Concordia : une stratégie à la dérive

Le naufrage du Costa Concordia a fait couler beaucoup d’encre. Et dans les médias, le poids de cet accident repose en grande partie sur les épaules du capitaine Francesco Schettino. À première vue, la stratégie de communication de la compagnie Costa Crociere, filiale du géant américain des croisières, Carnival, a fonctionné. Par le biais de son PDG, Pier Luigi Foschi, elle a identifié son coupable : le capitaine. Devant les micros, au bord des larmes, Foschi a souligné « une regrettable erreur humaine du commandant », dont il s’est officiellement dissocié. Pendant que la vague médiatique emportait la réputation de Schettino, « l’homme aux vices multiples », Costa s’est, en quelque sorte, déresponsabilisée de l’accident. Elle aussi s’est dit victime de son capitaine.

Était-ce ce qu’il y avait de mieux à faire pour rassurer le public et rétablir la confiance des voyageurs? À mon avis, non. Et pour diverses raisons. Tout d’abord, cette action soulève des questions quant aux valeurs prédominantes chez Costa et, même, au sein de l’industrie des croisières. Plusieurs experts affirment que celle-ci a « la folie des grandeurs » depuis quelques années et qu’il y règne une course effrénée pour les profits. En ce sens, pour se protéger, Costa a tiré rapidement sur celui à qui elle avait confié la conduite de l’un des plus beaux joyaux de sa flotte. Le message à retenir : pour cette entreprise, l’argent prime sur l’humain. La preuve, malgré les quasi-larmes de son PDG, Costa ne faisait toujours pas mention de l’accident sur son site Web, trois jours après qu’il soit survenu. La compagnie continuait à offrir ses forfaits croisières.

Ensuite, si Schettino est bel et bien le personnage incontrôlable que l’on décrit, pourquoi Costa l’a-t-elle toléré dans ses rangs pendant toutes ses années? C’est plutôt étrange! S’il était insubordonné, comment se fait-il qu’elle n’ait jamais sévi à son endroit? Si tel est le cas, la tragédie du Costa Concordia n’est pas le résultat d’un capitaine incompétent, mais bien d’une mauvaise gestion de la part de l’entreprise. D’ailleurs, dans une réplique à son employeur, Schettino a mentionné que la manœuvre qui a mené au naufrage a été demandée et approuvée par Costa, dans le but d’impressionner les voyageurs et de leur faire plaisir.

Enfin, l’enquête finira bien par dire qui a tort et qui a raison. Mais une chose est certaine : c’est bel et bien un navire de Costa qui a chaviré dans les eaux de Giglio. À ce titre, la compagnie doit assumer ses responsabilités. En « jetant à la mer » son capitaine, l’entreprise s’est trouvé une bouée de sauvetage temporaire; cependant, il y a fort à parier qu’elle échouera et que la facture, tant sur le plan de la réputation que sur le plan monétaire, sera salée.

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