Les relations publiques au Pérou et au Québec. Une comparaison.

Ce billet constitue un résumé des points les plus marquants d’une analyse présentée dans le cadre du cours «Intervention en communication appliquée ». Le projet s’est centré sur l’analyse et la comparaison des relations publiques au Québec et au Pérou, mon pays d’origine, spécifiquement autour de trois aspects: la professionnalisation, l’éthique et l’image des relationnistes.

Pour ce faire, j’ai réalisé des entrevues avec Bernard Dagenais et Michel Dumas, ainsi qu’avec Sylvie Castonguay, coprésidente Société québécoise des professionnels en relations publiques (SQPRP).

Également, j’ai parlé avec Gladys Serque, doyenne du Collège des relationnistes publiques du Pérou et Amador Navarrete, directeur du Programme de maîtrise et de doctorat en RP à l’Université de San Martin de Porres.

La difficile professionnalisation des relations publiques

Comme je le relatais dans mon billet précédent, l’auteur, professeur et praticien des relations publiques Michel Dumas est en faveur de créer une corporation professionnelle, reconnue par l’Office de Professions du Québec. Selon lui, cela serait la meilleure façon de différencier les vrais relationnistes, qui appuient leur travail par l’éthique, de ceux qui font de la propagande.

Par contre, son collègue Bernard Dagenais pense qu’une corporation est pratiquement impossible, pour deux raisons: 1) l’absence d’une volonté propre des praticiens, considérant que les RP sont une profession ouverte, qui peut être bien exercée par un avocat, un politicien et même un sportif; 2) l’industrie des communications va toujours refuser que le gouvernement lui impose des règles de comportement.

Sylvie Castonguay, de la SQPRP, est aussi d’accord avec la professionnalisation, mais elle reconnaît que c’est un long processus. D’ailleurs, elle souligne qu’il existe l’agrément en relations publiques, un processus d’acceptation professionnelle géré par la Société canadienne en relations publiques (SCRP). Est-ce que l’agrément impose des contraintes éthiques? Selon la SCRP, « les objectifs du Conseil national d’agrément de la SCRP consistent à assurer la compétence professionnelle, établir des normes de pratique professionnelle, augmenter la reconnaissance de la profession au sein des entreprises et de la collectivité ainsi qu’influencer l’avenir de la profession ».

Comme on peut voir, un des objectifs est d’établir des normes de pratique professionnelle. Quelles sont ces normes? Le site web indique qu’on « retrouve plus de détails sur le titre ARP dans le Manuel d’agrément ». Cependant, l’accès  à ce manuel est réservé aux membres de la SCRP.

Au Pérou, la profession des relations publiques fut officiellement reconnue par la loi 25250 du 18 juin de 1990, dite «Loi de création du Collège des relationnistes publiques du Pérou». Dans cette première loi, on trouvait l’obligation pour les praticiens d’être inscrits au Collège pour exercer la profession, ainsi que l’obligation pour les organismes publics et privés d’embaucher seulement des relationnistes inscrits à l’Ordre. Or ce dernier point ayant été peu respecté, la loi a été modifiée en 2004 et ces obligations ont été supprimées. Cette loi a aussi défini le « Code péruvien d’éthique et de la déontologie des RP ».

Gladys Serque, doyenne nationale du Collège des relationnistes publiques du Pérou, a souligné que, au cours des dernières années, « les autorités de l’Ordre ont réussi à construire et à renforcer la structure administrative, juridique et financière du Collège, en lui donnant de la présence dans la société civile nationale, par exemple, à travers de sa participation au Conseil National des Collèges professionnelles du Pérou ».

Malgré ces affirmations, le site web du Collège n’est pas mis à jour. Sur la page d’accueil, on découvre des nouvelles qui ne sont pas actualisées depuis décembre 2010. On n’y trouve pas non plus la liste des membres du nouveau conseil directif, pourtant élu en juin dernier. Finalement, le bureau n’est ouvert qu’à temps partiel.

La réalité du Pérou semble nous montrer que, plus qu’avoir une loi et un ordre professionnel, il faut compter sur la volonté des professionnels pour développer une organisation représentative qui appliquera cette loi. Dans mon pays, le peu d’intérêt des praticiens à appartenir au Collège l’a transformé en une institution presque fantasmagorique.

L’éthique et la déontologie : points centraux de la pratique professionnelle

L’éthique est un concept général qui nous ramène aux principes et à une échelle des valeurs que nous, comme professionnels, devons avoir à l’esprit dans chacune de nos actions. La déontologie ajoute aux valeurs morales des règles ou contraintes plus spécifiques à suivre. Bernard Dagenais (Le métier du relationniste, p. 192), citant le président de la firme Edelman Public Relations Wordwide, donne des exemples pour que les relationnistes conservent leur intégrité, comme « éviter les clients douteux », « ne pas travailler pour une organisation qui, se cachant derrière la défense de nobles causes, ne sont que les faire-valoir d’entreprises au dessein contraire » ou « ne pas défendre ceux qui ne le méritent pas ». Mais comment appliquer cette intégrité?

Au Québec, la SQPRP a un Code de déontologie qui, pour Bernard Dagenais, repose sur des souhaits. «La SQPRP s’est contentée depuis toujours d’un code d’éthique. Celui-ci émet des souhaits intéressants pour la bonne marche de la profession. Mais il s’agit de vœux… C’est un document qui doit inspirer le comportement des individus qui y adhèrent, mais ceux-ci font ce qu’ils veulent sans ne jamais subir de contrainte…».

Sylvie Castonguay explique, pourtant, que dans le cas du Code de la SCRP  les gens pourraient, en principe, porter plainte, et celle-ci pourrait exclure les membres qui ne respectent pas nos normes. «Donc, ça existe, mais ce n’est pas très utilisé », ajoute-t-elle.

Au Pérou, le Collège des relationnistes publics a un tribunal national d’honneur, ainsi que des tribunaux régionaux, qui sont responsables d’enquêter et de résoudre les violations au Code d’éthique et de déontologie, promulguée par loi de 2004. Gladys Serque précise que « le tribunal peut imposer des mesures disciplinaires allant de l’admonestation, la suspension à la révocation permanente de l’adhésion. Pour déterminer une faute, le Collège peut avoir le recours à un conseiller juridique (avocat), embauché pour le cas ». Pourtant, elle ne se souvient pas d’un cas récent de faute parmi les membres du Collège.

Je pense que le point central de la question éthique c’est comment mesurer une faute éthique dans la profession. Pour Michel Dumas, ceci est une affaire où l’on fait une communication autour d’une fausseté. Ainsi, dans chaque cas, pour vérifier une faute en relations publiques, il faudra qu’il y ait des preuves de que cela cause suffisamment de préjudices au public.

Dans le cas de la SQPRP comme du Collège péruvien, leurs représentants ne se souviennent pas d’un cas récent d’infraction à l’éthique. En plus, dans les deux réalités, les contraintes s’appliquent seulement aux membres de chacune organisation. Or la grande majorité des professionnels en relations publiques ne sont pas affiliés. Ainsi, les actions de la plupart des praticiens ne sont contrôlées par personne.

L’image des relationnistes

Au Québec, quelques experts comme Michel Dumas parlent de l’image du praticien honnête et celle du « doreur d’image» ou spin doctor. Selon Bernard Dagenais, tout relationniste est une sorte de spin doctor: « on peut essayer d’amener nos patrons à développer des comportements éthiques de haut standard, mais en réalité, il n’y a que le profit et le pouvoir qui les intéressent. La transparence est une vertu louable. Mais le rôle premier d’un professionnel des relations publiques n’est pas d’être vertueux, mais d’aider son employeur à bien gérer ses enjeux et ses défis. Et dans ces circonstances, la transparence peut être suicidaire. Le premier rôle du relationniste ce n’est pas d’être transparent, mais d’être efficace » À n’importe quel prix? « La réponse éthique est non. Mais la réponse pratique est oui… »

Par contre, Michel Dumas pense que le professionnel doit gérer son travail avec la vérité et, si un communicateur sent qu’il ment, il manque à son éthique et il ne rend pas service à son employeur. Pour lui, dire qu’on est tous des tricheurs, c’est fataliste.

Dans un échange avec des collègues du cours Intervention en communication appliquée, au Diplôme de 2e cycle en communication appliquée, nous avons soulevé le fait que le professionnel en relations publiques au Québec n’est pas toujours un puissant doreur d’images, mais que les praticiens n’ont, parfois, pas des ressources organisationnelles pour faire leur travail, n’ont pas aucun pouvoir au sein de la haute direction de leur entreprise ou institution et qu’ils travaillent sous la pression et le stress. Donc, on parle ici d’une troisième image des praticiens. Dans le livre « Le métier de relationniste » Bernard Dagenais donne une définition proche de celle de mes collègues. « (…) Les relations publiques paraissent indispensables à l’entreprise. En donnant sur la vie d’une entreprise une information concrète, en favorisant le dialogue tant à l’intérieur qu’à l’extérieur et en créant un climat de clarté, les relations publiques peuvent donner de l’entreprise une image de partenaire social plutôt que celle d’un prédateur… Pourtant, les relationnistes ne font pas toujours partie de la haute direction. Les relationnistes ne sont pas toujours associés à la prise de décision. Ils n’ont pas toujours le temps de prendre le recul nécessaire pour être de bons conseillers et se contentent trop souvent d’être des diffuseurs d’informations » (Dagenais 1999, p. 63).

Au Pérou,  selon Gladys Serque, le relationniste est souvent considéré au sein de l’organisation comme simple fabricant de l’image externe, quelqu’un qui peut prendre de belles photos ou écrire un bon communiqué de presse. « Pour changer cette image, il a besoin de comprendre le lien entre sa discipline et les politiques, les procédures et les actions clés de son organisation ». Pour elle, il faut travailler à l’actualisation permanente des programmes d’enseignement supérieur, parce qu’il y a, parfois, une inadéquation entre les exigences du marché et le niveau d’enseignement dans les universités.

Au Québec et au Pérou, on lutte donc contre une image déformée des relations publiques. Dans le premier cas, les relationnistes sont vus comme des tricheurs qui, avec leurs stratégies de propagande, peuvent causer beaucoup de préjudices à la société. Au Pérou, les professionnels sont considérés comme des techniciens, qui sont capables de bien gérer des outils audiovisuels, mais qui, dans la plupart des cas, ne sont pas des stratèges de la communication.

Conclusion

Je pense aux  étapes qui ont suivi les relations publiques au Québec et au Pérou, dans les aspects de la professionnalisation, l’éthique et déontologie et l’image des praticiens, comme un cercle. Comme me l’a fait remarquer le professeur Dany Baillargeon,  chargé du cours et coresponsable des programmes en communication appliquée, le Pérou a débuté son processus de reconnaissance par la loi, il y a plus de 20 ans. Alors qu’au Québec, c’est par l’instruction. À mon avis, la professionnalisation peut bien fonctionner, mais il faut compter sur la volonté de la plupart des relationnistes pour développer une organisation représentative. Sinon, on risque d’avoir une institution faible comme c’est le cas du Collège des relationnistes publics péruviens.

D’ailleurs, pour surveiller l’éthique, une corporation officielle pourrait mieux fonctionner, parce que, actuellement, les associations comme la SQPRP n’ont pas suffisant pouvoir de contrainte parmi les professionnels. Mais pour mettre en place une corporation, il faut pouvoir définir comment mesurer une faute dans la profession, sinon, il sera très difficile de sanctionner un cas d’infraction à l’éthique.

Concernant l’image, au Pérou, on veut changer la perception de techniciens pour celle de stratèges de la communication, en passant par une refonte de l’enseignement supérieur. Au Québec, les relationnistes sont vus comme des stratèges, mais cette image a glissé vers une connotation négative, celle des spin doctors. J’estime qu’actuellement tant les professionels au Québec comme au Pérou veulent améliorer une image indésirable des relationnistes. Comme me l’a fait noter le professeur Dany Baillargeon « dans un cas comme dans l’autre, c’est l’image des relationnistes qui est en jeu, et une image positive semble être à la rencontre d’une meilleure formation – qui va de pair avec la position stratégique – mais cette position doit être assortie d’une éthique sanctionnée ».

BIBLIOGRAPHIE

DAGENAIS, Bernard. Le métier de relationniste, Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, 1999, 249 p.

DAGENAIS, Bernard. « Les effets pervers de l’efficacité des relations publiques » (vidéo), 79e Congrès de l’Acfas, 12 mai 2011.

DUMAS, Michel. Les relations publiques, une profession en devenir, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2010, 167 p.

MAISONNNEUVE, Danielle. Les relations publiques dans une société en mouvance, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2010, 479 p.

Publicités

Une Réponse

  1. Bonjour !

    J’ai lu avec intérêt, ton analyse de l’industrie des relations publiques au Québec et au Pérou.

    Je te souhaite une excellente carrière !
    Pierre Gince, ARP

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :