Le relationniste et son travail avec la vérité. Entrevue avec Michel Dumas

Comment définit-on le travail du relationniste? Sont-ils tous des doreurs d’images, comme ceux qu’a présentés la télésérie Mirador? J’ai posé ces questions et d’autres à Michel Dumas,  auteur du livre « Les relations publiques, une profession en devenir » (Presses de l’Université du Québec, 2010).

L’entrevue s’insère dans un projet que je fais maintenant, lequel veut arriver à une approche comparative entre les relations publiques (R.P.) au Québec et celles au Pérou (mon pays d’origine) entre autres, sous les angles éthiques et associatifs.

Je commence l’entrevue avec monsieur Dumas en lui disant que, au Pérou, on n’utilise pas souvent le terme de relationniste, mais plutôt de « communicateur ». Il me répond qu’un grand nombre des relationnistes au Québec n’aiment pas le terme quand même. « Selon une enquête, peu des gens s’appellent comme ça; ils se nomment « responsables de communications », « directeurs de communications », etc.

Donc, comment peut-on définir la fonction des relations publiques ?

Il y a eu de nombreuses définitions, mais principalement, d’une part il y a celle qui dit que les relations publiques (R.P.) s’occupent de l’image et de la réputation de l’entreprise. D’autre part, je partage la définition des associations comme la SQPRP, qui voit les R.P. comme la gestion d’information d’une organisation avec ses différents publics, le public interne (les employés) et les publics externes. Le relationniste c’est comme un négociateur, il explique les objectifs et les décisions de l’entreprise, et en même temps, il cherche l’opinion des publics, pour la transmettre à l’organisation. Donc, c’est un gestionnaire de l’information et des relations entre l’organisation et ses publics.

Dans ce processus-là, le relationniste peut-il tomber dans la manipulation de l’information en faveur de son employeur, devenir un « doreur d’images »?

C’est sûr que le relationniste travaille pour un employeur, mais il est là pour établir la meilleure communication possible, et on fait cela en ayant la communication la plus vraie. Alors le relationniste doit gérer son travail avec la vérité. Si un communicateur sent qu’il ment, il manque à son éthique et il ne rend pas service à son employeur. C’est vrai que l’organisation veut se présenter à son meilleur, elle veut parler plus de ses succès que de ses problèmes et on va mettre en accent les aspects positifs, mais jusque-là, on n’a pas menti. D’ailleurs, dire qu’on est tous des tricheurs, c’est fataliste. Oui, le relationniste n’est pas comme un journaliste, qui parle du pour et du contre. Bien sûr, il va essayer de sauver l’image de l’organisation… mais pas à n’importe quel prix!

Justement, pour sauvegarder la bonne réputation de la profession, vous promouvez sa reconnaissance officielle. Pourquoi est-elle si impérative?

Ce que j’ai proposé est la création d’une corporation professionnelle, reconnue par l’Office des professions. À mon avis, la professionnalisation est impérative parce que les professionnels qui pratiquent les relations publiques de façon correcte, qui croient en ce qu’ils font, ne sont pas vraiment reconnus. Aujourd’hui, n’importe qui peut porter ce nom-là et faire des activités de propagande, qui nuisent au public. Alors, la profession est constamment remise en cause, elle n’est pas respectée. Plus qu’une question de fierté, c’est une question de défendre nos idées, de préserver ce qu’on croit être la profession, de mettre une frontière avec ceux qui ne partagent pas les valeurs des relationnistes professionnels.

Dans votre livre, vous mentionnez la nécessité de mettre en place un code d’éthique. Quel serait le contenu de ce code-là?

Il existe déjà un code d’éthique dans toutes les associations professionnelles. Si l’on était reconnu, je pense qu’un code officiel ressemblerait aux codes existants. Donc, ce n’est pas une question d’avoir un code, mais surtout son application qui importe. Actuellement, si je ne respecte pas les principes éthiques, il n’y a personne qui me poursuivra. La discussion n’est pas dans le contenu; si on était reconnu formellement, vous auriez probablement un code similaire à ceux des associations comme le code de la SQPRP, mais il serait appliqué.

Est-ce qu’il a des actions pour faire avancer la professionnalisation?

Il n’y a pas de véritable mouvement pour la professionnalisation des R.P., par contre, il y a plutôt une inertie. Qui peut porter le flambeau? Je pense d’abord aux praticiens en exercice, peut-être avec les universitaires, les professeurs en R.P. qui pourraient créer un mouvement et porter ce dossier au gouvernement. S’il y a beaucoup de professionnels qui disent « on veut notre reconnaissance » on ébranlerait l’association qui deviendrait le porte-parole. À mon avis, ce porte-parole pourrait être la SQPRP. D’ailleurs, si à court terme une reconnaissance n’est pas viable, on peut commencer par avoir, à l’intérieur des associations, des programmes plus vigilants pour défendre la qualité professionnelle des relationnistes.

Mais vous précisez aussi qu’il y a des freins à la reconnaissance professionnelle.

Oui, il y a deux freins: 1- l’Office de professions lui-même, qui ne veut pas multiplier inutilement les corporations professionnelles et qui dit « je ne suis pas sûr qu’il y a préjudice, donc je ne suis pas sûr qu’on ait besoin d’une nouvelle corporation ».2- L’autre frein c’est que, dans le système, les corporations sont responsables de leur gestion, et ça coûte cher, c’est des salaires, des bureaux, des frais, et ce sont les membres qui payent ces frais-là. Alors, nos professionnels se disent: « Ce n’est pas si mal, ma situation actuelle. Si demain matin il y a une corporation, je vais être surveillée et aussi je vais payer ». Alors, il y a une résistance à l’intérieur même de la profession.

En prenant la position de l’Office de professions, comment peut-on mesurer une faute en R.P.?

Une faute dans les R.P. n’est pas toujours évidente, parce que ce n’est pas une activité physique comme la médecine ou l’architecture. Ma thèse c’est qu’on est de plus en plus dans un système où il y a des communicateurs de toutes les sortes. Il y a des gens qui s’engagent dans des formes de communication qui se ressemblent à de la propagande, qui font des stratégies des ‘spin doctors’. Il y a des exemples, comme la campagne de l’ex-président George Bush pour convaincre l’Amérique d’entrer en guerre avec l’Irak, ou dernièrement, le cas de l’entreprise British Petroleum (BP), qui avait menti au monde sur la gravité du déversement de pétrole dans le golfe du Mexique. Ce sont des affaires où l’on fait une communication autour d’une fausseté. Ainsi, dans chaque cas, pour vérifier une faute en relations publiques, il faudra qu’il y ait des preuves de que cela cause suffisamment de préjudice au public.

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2 Réponses

  1. […] une entrevue réalisée avec Michel Dumas, responsable de l’ACRPQ, il explique que le relationniste doit faire […]

  2. […] en devenir (Presses de l’Université du Québec, 2010) définit les relations publiques dans une entrevue accordée au blogue […]

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